Au moment où bien des artistes vivent très confortablement de la mort de la peinture, Spyk résiste. Il s’attache à préserver le beau métier et atteint une maîtrise toute classique dans une technique à l’aérosol d’une précision et d’une sensibilité déconcertantes. Je pourrais m’arrêter ici ou presque. Juste poursuivre pour relever la force interne d’un style construit sur la dynamique de la composition, la radicalité des cadrages et la mesure des couleurs. Puis achever en soulignant la qualité des lumières artificielles et naturelles traitées avec des dégradés virtuoses, presque irréels. Avec tout cela, Spyk s’inscrit « spontanément » dans une tradition : elle remonte au Précisionnisme de Charles Sheeler mais surtout à l’Hyperréalisme, en particulier celui de Richard Estes et de Don Eddy. Même habilité démonstrative avec ses recherches de reflets, de moires, de transparences, d’ambiguïtés spatiales, de superpositions très organiques parfois proches des enchevêtrements de l’Expressionnisme abstrait. Même façon de montrer le monde sans commentaire social, sans satyre, ni engagement. Même type d’univers figés dans le temps : une Amérique « moyenne » à la limite des stéréotypes avec ses paysages urbains ou suburbains à l’allure de décors de film, ses fast-food un peu crades, ses enseignes lumineuses, ses métros taggés à la bombe ou à l’acide, ses magasins défraîchis mais ouverts 24h/24 et ses voitures de grosses cylindrées qui ne font plus rêver depuis la fin des années 70.

 

Les sujets n’ont pas de noblesse ; ils ne sont pas abjects pour autant. Ils laissent éprouver une photogénie qui n’appartient qu’à eux et qui les rend si cinématographiques. C’est d’ailleurs par la photographie que Spyk les aborde avec une prédilection – une résistance – pour les tirages argentiques dont il rend le grain via les minuscules points de peinture pulvérisés sur ses toiles. Avec les effets vaporeux que sa technique du spray lui permet de donner, il en reprend aussi l’aspect d’images filmées à la manière de Samuel Fuller ou de Percy Adlon … sauf qu’ici, tous les héros ont disparu. Spyk ne laisse aucune place à la figure humaine. Ses peintures sont des no man’s land, des espaces stériles qui évoquent l’anti-humanisme théorique des années structuralistes et montrent ce qu’il resterait une fois l’homme éliminé.

 

On le comprend : la peinture n’est pas qu’une expérience visuelle. Elle nous laisse sentir des nomadismes, des silences, des solitudes urbaines. Spyk les décrit comme des résistances portant de loin en loin les souvenirs de sa vie de tagueur. Avec eux, il nous emmène dans des errances nocturnes à travers les grandes villes américaines désertées où seules les lumières électriques et le lever du jour peuvent encore nous rassurer.

Pierre Henrion

 

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