SPYK

Une question s’imposerait d’emblée : « Quelle peut être la fécondité de la peinture de paysage – genre éculé pour bien des observateurs – traitée avec les moyens propres aux arts dits ‘urbains’, soit dans le cas présent, avec de la peinture aérosol ? » Je la laisse à ceux qui n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent creuse de leur propre vacuité. Il y a assez à prendre dans le beau métier et la sensibilité de Spyk.

Il faudrait en effet être de mauvaise foi ou aveugle pour ignorer les qualités de la manière : justesse des perspectives et des rapports formels, radicalité des cadrages, maîtrise instinctive des couleurs et de leurs contrastes simultanés puisqu’ici les teintes ne peuvent pas être mélangées. Il y a des dégradés virtuoses, parfois irréels dans le traitement de la lumière. Les ciels sont immenses, liquides et souvent ténébreux : ils servent de toile de fond à des architectures nettes animées d’éclairages artificiels rendus dans des tons qui le sont davantage encore. Avec tout cela, Spyk s’inscrit « spontanément » dans une tradition : elle remonte au Précisionnisme de Charles Sheeler mais surtout à l’Hyperréalisme, en particulier celui de Richard Estes ou de Don Eddy. Même habilité démonstrative avec ses recherches de reflets, de moires, de transparences, d’ambiguïtés spatiales, de superpositions organiques parfois proches des enchevêtrements de l’Expressionnisme abstrait. Même façon de montrer le monde sans commentaire sociétal, sans satyre, ni engagement. Même type d’univers figés dans le temps : une Amérique « moyenne », stéréotypée avec ses paysages urbains ou suburbains, ses fast-food un peu crades, ses enseignes en néon, ses drugstore défraîchis mais ouverts 24h/24 et ses voitures de grosse cylindrée qui ne font plus rêver depuis la fin des années 80.

Les sujets n’ont guère de noblesse ; ils ne sont pas abjects non plus. Spyk leur donne une photogénie d’image filmée ; elle se révèle déjà dans le choix de formats horizontaux comme les panoramiques « du bon temps » du CinemaScope. Mais c’est d’abord par la photographie qu’il explore les territoires de ses peintures à venir. Son intérêt pour les tirages argentiques est afférent à son attrait pour les matières qui les composent et que la peinture aérosol lui permet de restituer à sa façon. Elle lui permet encore de rendre ces crépuscules laiteux qu’on voit dans les films de Samuel Fuller ou de Percy Adlon dont il sait retrouver l’atmosphère … sauf qu’il n’y a pas de héros. Les paysages de Spyk sont des no man’s land, des espaces sans vie … à moins que nous nous trouvions dans un tableau d’Edward Hopper, occupés à regarder ‘hors champ’ et donc à voir ce qu’observent les énigmatiques personnages qui les peuplent et qui seraient bien là, à côté de nous et invisibles ?

On le comprend : la peinture n’est pas qu’une expérience visuelle. Elle nous laisse éprouver des silences, des errances nocturnes, des attentes. Dans ses paysages « à l’américaine », Spyk instille une densité poétique où subtilement se mêlent des sentiments de nostalgie et de solitude. Il prend la mesure d’un monde, le sien sûrement … le nôtre peut-être.

Pierre Henrion
Septembre 2021

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